L’origine du mot Reyssouze est incertain. Les premières mentions apparaissent dans le cartulaire de Saint-Vincent de Mâcon sous la forme de Resciosa ou Resosia, au Xéme siècle (Guigue, dictionnaire topographique du département de l’Ain).
On retrouve trace écrite de la Reyssouze à partir de 1272 dans des documents comptables concernant Pont de Vaux. Le nom évolue de Roissousa ou Royssousa à Reissousa (Comptes de la Châtellenies de Pont de Vaux aux archives départementales de la Côte d’Or et comptes des syndics de Pont de Vaux aux archives communales (1381-1418)).
Mais, la Reyssouze n’a pas eu qu’un intérêt purement comptable, elle fut également source d’inspiration poétique.

- Philibert Le Duc
M. Philibert Le Duc, né à Bourg-en-Bresse (1815-1884) et membre fondateur de la Société Littéraire, Historique et Archéologique de l’Ain en 1872 décrivit en un poême datant de 1846 « le passage de la Reyssouze par Napolèon ». Il a également célébré la Reyssouze depuis Bouvent en la chantant ainsi :
"Deux rangs de marronniers ombragent l’avenue,
Le pas du promeneur foule une herbe menue.
A gauche, un pré descend jusqu’à deux grands noyers
Qui couvrent la Reyssouze avec leurs fronts ployés.
Auprés d’eux un vieux saule incline sa ramure.
Le vent dans les glaïeuls plaintivement murmure.
Que de fois en nageant nous fendîmes les eaux,
Pleines de nénuphar, de prêle et de roseaux !
Que de fois nos ébats et nos courses jalouses
Ont troublé la rivière et les vertes pelouses !
Non loin, sous une haie, une fontaine dort
Dans un bassin de chêne et sur des cailloux d’or ;
La bressane y remplit une cruche de terre,
Et la vache, en passant, souvent s’y désaltère.
Au bout de l’avenue on voit sur le coteau
La ferme nourricière à coté du château.
Derrière, entre deux près, une belle charmille
A la porte du bois conduit mainte famille.
C’est le dimanche soir que s’y pressent les pas,
Sous les hêtres touffus on voit de gais repas,
Une ronde rieuse orne chaque clairière ;
Plus d’un regard admire une jeune ouvrière ;
Et plus d’un couple heureux, dans les petits chemins,
Se parle, l’oeil mourant et les mains dans les mains."
Ainsi décrite, la Reyssouze est loin des dégradations qu’elle subira à la fin du 20ème siècle. Les promeneurs de cette époque ne se doutaient sûrement pas des études et des procédures contractuelles dont elle serait l’objet.
La légende de la Reyssouze
Un jour, il y a fort longtemps, le diable rendit visite à une vieille femme de Journans, nommée Reyssouze. Le malin, à son habitude, lui proposa d’exaucer un voeu en échange de son âme. La transaction aurait lieu à minuit et la femme pourrait faire, sa vie durant, ce que précisément elle ferait à cette heure-ci.
La vieille, après mûre reflexion, accepta. Comme elle était cupide et avare, elle décida qu’à minuit, elle compterait ses quelques pièces d’or cachées au plus profond de sa masure. Ainsi, elle pourrait jusqu’à sa mort compter de l’or et serait par conséquent riche à jamais.
Outre son avarice, la mégère était connue pour sa bêtise. Ainsi pour être certaine de ne point manquer l’heure, elle décida de commencer à compter ses écus une heure à l’avance. Elle brasserait son trésor lorsque l’heure fatidique arriverait.
Elle se mit à sa table et fit défiler ses pièces.
Minuit approchait, lorsqu’une envie la saisit. Hélas, elle eut beau se retenir, se tortiller tant et plus, se concentrer sur son pécule, rien n’y fit. Et lorsque minuit arriva, elle dut laisser libre cours à la nature et les yeux exorbités s’épancha comme une fontaine.
Le diable, pour une fois, tint parole et depuis cette nuit mémorable, la Reyssouze ne cessa plus de couler et coule encore.
Version imprimable