Ragondins


Classification :

-  Ordre : Rodentia (Rongeur) Myocastor coypus
-  Sous-ordre : Hystricomorphe
- Super famille : Octodontidae
- Famille : Myocastoridae
- Genre : Myocastor
- Espèce : coypus

Autres noms : Nutria, Myopotame, Myocastor, Castor du Chili, Castor de la Plata, Castor des marais

Le ragondin est un rongeur semi-aquatique proche du castor. Pouvant dépasser 10 kg, il est l’un des plus gros rongeurs après le capybara.


Historique d’invasion :

Originaire d’Amérique du Sud, le ragondin y fréquente un large domaine depuis l’Uruguay, le sud Brésil, la Bolivie jusqu’au sud du Chili, hormis les zones montagneuses comme les Andes. Il vit sur les abords des marais, marécages, rivières et lacs. Différentes espèces se répartissent sous l’éventail des climats plus ou moins rudes.
Le ragondin est depuis longtemps chassé pour sa fourrure. Le nutria est en effet un sous-poil soyeux et dense. Cette particularité en a fait une peau rentable et très recherchée.
Devenant rare, l’élevage du coypus fut donc envisagé, dès 1830, par un chapelier de Buenos Aires. Ces fermes d’élevage se sont rapidement étendues au monde entier
C’est la sous-espèce Myocastor coypus bonariensis, venue d’Argentine du Nord, qui est introduite au début du XIXème siècle en France pour sa fourrure et le faucardage des étangs. La crise de 1929 entraîne la ruine de certains éleveurs et les ragondins s’échappent des élevages pour rejoindre les milieux naturels, comme les étangs et cours d’eau voisins. Si en 1960, seuls une dizaine de départements français étaient touchés par l’invasion des ragondins, ce phénomène a pris de l’ampleur pour aujourd’hui concerner tous les départements à l’exception de la Corse et des reliefs.


Morphologie et physiologie :

D’une longueur totale de 70 cm à 1 m, y compris la queue et pesant généralement de 5 à 10 kg, le ragondin apparaît massif et doté d’une démarche lourde. Ses principaux traits physiques sont un pelage brun foncé éclairci sur le ventre, des petites oreilles, une queue cylindrique, écailleuse et peu velue et des moustaches blanches. Mais ce sont surtout de longues incisives (environ 7 cm) qui s’usent et poussent en permanence. De couleur rouge orangée, elles le distingue de tous les autres rongeurs (castor, rat musqué, campagnol….)

Matures dès 3 mois (ou 6 mois s’ils sont nés en hiver), les ragondins sont aptes à la reproduction toute l’année et les femelles, après une gestation de 130 jours, mettent bas de 5 à 6 petits par portées 2 à 3 fois par an d’où un taux élevé de renouvellement des générations. Les femelles allaitent les petits durant 7 semaines. Cette longue durée de lactation permet aux jeunes de grandir plus vite et d’augmenter ainsi leurs chances de survie.
Les ragondins peuvent vivre en moyenne de 4 à 6 ans.


Habitat :

Dans son pays d’origine, le ragondin ne creusent pas nécessairement de terriers ; il se contente d’un nid, terrestre ou flottant.
En revanche, en France, il creuse des terriers sur les berges des rivières dont l’entrée d’ environ vingt centimètres de diamètre est émergée ou inondée à moitié. Il convoite des berges assez hautes pour y aménager un système complexe de chambres et de couloirs pouvant s’étendre sur plusieurs mètres et occupant un volume total de 0.3 à 1.5 m3.
entrées terriers
Ses habitats sont facilement repérables grâce aux coulées sur les berges piétinées même lorsque ces dernières sont assez abruptes, leurs passages répétés sur un même chemin entraînent la disparition de la végétation. On y distingue facilement les empreintes (6 cm pour les pattes antérieures et 12 cm pour les pattes postérieures) dont la caractéristique est la palmure de 4 doigts sur 5 des pattes postérieures. La présence de crottes aux abords du terrier et dans l’eau prouve leur présence. Ces selles sont en forme de banane finement cannelées et longues de 7 cm.

S’il n’est pas à l’aise sur terre, il devient un excellent nageur dans son milieu de prédilection et, là encore, il est reconnaissable à sa nage avec les épaules sous la ligne de flottaison.

D’ailleurs, le ragondin est très bien adapté au milieu aquatique. Ses narines sont munies de valves et alignées avec les yeux et les oreilles au ras de l ‘eau. Ses lèvres peuvent fermer la cavité buccale en gardant ses incisives à l’extérieur de manière à pouvoir couper les végétaux immergés ; il peut rester ainsi jusqu’à 10 minutes en apnée. Ses pattes postérieures palmées le propulsent dans l’eau tandis que ses pattes antérieures munies de griffes lui servent davantage à creuser ses terriers.


Comportement :

Grégaire et sédentaire, les ragondins sortent de leur terrier dès le crépuscule et se nourrissent durant la nuit jusqu’à l’aube. Certains grands mâles sont solitaires.
Très spécialisé, le ragondin s’éloigne rarement des berges où il aménage ses terriers.

L’alimentation du ragondin est étroitement liée à son habitat aquatique. Principalement herbivore, son système digestif lui permet de dissoudre toutes les fibres, même les plus coriaces.
Il s’accommode de roseaux, d’arbustes et même de crustacés. Il manipule ces derniers avec beaucoup d’adresse grâce à ses pattes antérieures.
C’est d’ailleurs cette dextérité qui lui autorise de si gros rendements alimentaires.

Une étude menée dans le marais poitevin montre que son régime alimentaire se compose au 3/4 de graminées (maïs, céréales, prairies) et hydrophytes (joncs, nénuphars, roseaux) ; le 1/4 restant étant composé de racines, rhizomes, écorces de peupliers et autres légumes (choux, betteraves, carottes) .
Cette diversité lui permet de profiter au maximum des ressources alimentaires apportées selon les saisons. Plus sélectif à l’été lorsque la végétation se fait généreuse, il se contente des racines et rhizomes à l’hiver.
Ainsi, où qu’il soit, pour peu que le temps s’y prête, le ragondin peut coloniser le milieu et s’installer. Il a ainsi pu survivre dans la plupart des pays où il a été importé tels que l’Allemagne, la Hollande, l’Italie, l’ex-URSS du sud, à l’exception de l’Angleterre où des actions de piégeage intensives ajoutées à des hivers rigoureux aidant, les populations de ragondins ont totalement disparues.

le ragondin n’effectue donc pas de longs déplacements journaliers pour se nourrir. Son aire d’activité se limite souvent à un cercle d’environ 200 m de rayon.

Opportuniste, il exploite toujours au maximum son habitat même le plus ingrat.
Il peut toutefois le partager avec d’autres congénères si les conditions sont favorables.


Une "trop bonne" adaptation en France :

En France, le Myocastor coypus occupe tous les milieux aquatiques hormis le milieu marin. Il s’installe dans les rivières, marias, étangs, ainsi que tous les milieux aménagés par l’homme, comme les fossés de drainage, les retenues d’eau et les lagunes d’assianissement. Il apprécie autant les eaux douces que les eaux saumâtre.

En plus de ces capacités de colonisation importantes, peu de facteurs limitant à son développement existent en France :
- Un climat tempéré : Le ragondin supporte très mal le froid et un hiver rigoureux peut décimer jusqu’à 60 % d’une population. En effet, les ressources alimentaires se raréfient et les déplacements du ragondin sont diminués par les gelures aux pattes et à la queue inadaptées au froid et au gel. Or la France connaît de moins en moins d’hivers rigoureux donc la régulation naturelle des ragondins par le froid n’a plus lieu.
- absence de prédation : En effet, si en Amérique latine, le ragondin est la proie de caïmans, jaguars, pumas et ocelots, en France, seuls quelques prédateurs occasionnels tels que le renard, la loutre l’hermine, le héron, le putois ou le busard des roseaux s’attaquent occasionnellement aux plus jeunes. (De plus, une compétition peut exister avec le castor sans effet sur les populations de ragondins. En revanche, la présence de ragondins peut gêner l’installation du rat musqué, de mammifères ou même d’oiseaux par la destruction de nids en bordure de rivière).
- Absence de maladie fulgurante : On ne connaît pas de maladie pouvant décimer une population de ragondins. En revanche, le ragondin est susceptible de contracter de nombreuses maladies virales et bactériennes telles que septicémie, salmonellose, rage ou encore encéphalite équine qui sévissent particulièrement en Amérique du sud. Cela fait de lui un véritable vecteur de maladie, la plus connue étant la leptospirose.
- Son régime alimentaire varié lui permet de se nourrir facilement toute l’année.



Animal classé NUISIBLE :

En Europe, le Myocastor est considéré comme un rongeur nuisible :

- il déstabilise les berges, les digues et autres ouvrages hydrauliques en creusant ses terriers
- il provoque des dégâts dans les cultures proche de la rivière pour se nourrir.
- comme tous les rongeurs, le ragondin est un agent vecteur de plusieurs maladies. En effet, le ragondin est un hôte privilégié de leptospires qu’il transmet aux bovins, ovins, autres rongeurs, chiens… et à l’homme via ses morsures ou des eaux souillées par ses urines. Chez l’homme, après 15 jours d’incubation environ, les premiers symptômes de la leptospirose sont des fièvres, frissons, douleurs musculaires et céphalées. Puis certains organes sont menacés : reins, foie ,... Cette maladie sévit particulièrement dans les DOMTOM (surtout l’île de la Réunion), en Ile de France, Aquitaine, Pays de Loire et Nord Pas Calais. Il existe un vaccin contre la leptospirose administré au personnel de traitement des eaux usées, personnel d’abattoirs, agriculteurs, pisciculteurs, pêcheurs et personnes exerçant des sports nautiques comme le canoë-kayak. La bactérie responsable de cette maladie, Leptospira, pénètre par les plaies ou macérations de la peau dues à la sueur. Le moyen d’éviter la contamination est une bonne hygiène. Les travailleurs en contact avec des eaux douces (présence de ragondins), eaux usées (rats d’égouts) doivent porter si possible des gants, se laver les mains et changer de tenue de travail régulièrement. En ce qui concerne les établissements agricoles, les éleveurs sont tenus de s’assurer qu’il n’y a pas de risques d’introduction des rongeurs dans les locaux et d’éliminer chaque bête malade. Pour l’homme, un antibiotique, la pénicilline G, peut agir contre la souche bactérienne responsable de la leptospirose ictérohémorragique. Dans 2 à 5 % des cas, cette maladie est mortelle pour l’homme.
Enfin, le ragondin est souvent l’hôte de la grande Douve du foie ; 50 % des individus capturés en Angleterre étaient infestés et d’autres cas ont été déclarés dans le marais poitevin.
Les poux, puces et tiques sont aussi connus pour être des parasites externes du ragondin.


Lutte :

En France, son aire de répartition étant beaucoup trop étendue, il ne s’agit plus, aujourd’hui d’éradiquer mais de contrôler les populations.

Classé nuisible, le Myocastor coypus est donc chassé par l’homme et ceci selon différentes méthodes que sont le piégeage, le déterrage, le tir au fusil, le tir à l’arc et l’emploi de toxiques. Cette dernière technique est lourde et difficile à mettre en place étant donné le statut de gibier du ragondin et donc le risque direct d’intoxication humaine, ainsi que la proximité du cours d’eau.
Dans certains secteurs une "prime à la queue" a pu être instaurée.





Le Ragondin sur le bassin versant de la Reyssouze :

La Reyssouze n’est pas épargnée par cette colonisation. La présence du ragondin est généralisée sur l’ensemble du bassin versant (cours d’eau, plan d’eau, zones humides, fossés de drainage, lagunes,...). Sur certaines communes, les piégeurs agréés, cantonniers,... peuvent en attraper plus de 400 par an.

Durant l’été 2002, le SIAERA a mené une petite étude en interne portant sur la localisation des terriers le long de la Reyssouze, sur les dégâts observés et sur les facteurs environnementaux qui influence l’installation de ces rongeurs.

Quelques observations issues de cette étude :

- 689 terriers ont été répertoriés sur la Reyssouze, depuis sa source jusqu’à la confluence avec la Saône. En plus de leurs localisation, étaient relevées des variables comme l’occupation des parcelles riveraines, la largeur du lit, la hauteur d’eau, le régime lotique/lentique, la végétation aquatique présente et sa densité, la hauteur et l’état des berges, le type de végétation des berges, la largeur de ripisylve.

- Certains de ces terriers ont été "ouverts" :
................ - sur Viriat et St-Julien/Reyssouze, la description est à peu près similaire : l’entrée, d’un diamètre de 20 à 30 cm, débouche directement ou à la suite d’un petit couloir de 30 cm, sur une chambre d’environ 0.5 m3. Celle-ci est recouverte au sol de végétaux, souvent des feuilles de maïs. De cette chambre, partent deux voire trois galeries. L’une remonte à la verticale sur 70 cm. Cette cheminée, large d’une vingtaine de cm, remonte parfois jusqu’à la surface. Souvent une deuxième galerie latérale, creusée à même la hauteur de la chambre principale, rejoint un terrier voisin. Parfois, une troisième galerie est creusée. elle remonte plus en hauteur dans la berge pour se situer à environ 30 cm de la surface, et se termine en cul de sac.
................ - sur St-Bénigne et Gorrevod, une sorte de terrier différent a pu être observée : lorsque la berge érodée met à nu les racines des arbres, les ragondins creusent la terre entre les racines. Le terrier se réduit alors à un système de plate-formes, de glissières et de couloirs protégés uniquement par les racines, qui n’est donc plus clos mais ouvert sur l’extérieur. Il est ainsi moins protégé des variations du climat.

- Il apparait de plus clairement que les ragondins ont de fortes propensions à s’installer dans les milieux aménagés par l’homme. L’exemple est flagrant au niveau du canal de navigation de Pont-de-Vaux. En effet, c’est le long de ce milieu totalement artificiel qu’on retrouve la plus forte densité de trous observés : 178 sur trois km de canal alors qu’en parallèle, le long de la rivière naturelle seulement 27 étaient dénombrés.
Un autre exemple est celui de la commune de Servignat : à l’aval du moulin, la rivière, curée dans les années 60 et 80, présente des berges élevées suite à l’enfoncement du lit. ces berges, quasiment verticales et hautes de plus de trois mètres abritent un nombre élevé de ragondins, au vu des densités de trous observés.

- Une des constantes dans l’installation du M.coypus est sa quête de tranquillité et de sécurité. Lorsqu’il se trouve dans un lieu où l’activité humaine est importante, il s’installe de préférence sur la rive la moins fréquentée. Cela a été observé nettement au niveau de la liaison piétonnière qui rejoint le camping de la plaine tonique à Montrevel-en-Bresse au moulin de Cézille. Alors que cette liaison se trouve sur la rive droite de la rivière, on note la présence de trous majoritairement sur la rive gauche. De la même façon, le long du canal de Pont-de-Vaux, à l’exception d’une dizaine de terrier, les ragondins s’installent toujours sur la rive droite, rive opposée aux aménagements pour les promeneurs et pêcheurs.

- Les dégâts aux cultures concernent principalement le maïs et les céréales. Les dommages sont surtout observés en bordure de parcelles sur les dix premiers rangs. Mais d’autres cultures comme le tournesol, les cultures maraîchères ou les plantations d’arbres peuvent être attaquées

- Sur la basse Reyssouze, après Mantenay-Montlin, on a pu observer à l’entrée de certains terriers ou sur des platis en limite de l’eau des tas de coquilles vides de bivalves de la famille des Sphaeridae. On peut donc penser que le M.coypus consomme ces coquillages comme c’est le cas en Amérique du Sud. Présentes sur tout le bassin versant de la Reyssouze, ces bivalves se multiplient essentiellement depuis Malafretaz jusqu’à Pont-de-Vaux. Ceci concorderait donc avec le mode d’alimentation opportuniste du ragondin. Le M.coypus se nourrit des disponibilités alimentaires présentes dans la nature.

La rivière est le milieu de vie du ragondin. C’est dans l’eau que le M.coypus se déplace pour aller chercher sa nourriture et coloniser de nouveaux milieux. Le milieu aquatique est donc une nécessité pour le ragondin. Ainsi, la largeur du lit, la hauteur d’eau et le débit de la rivière vont influer sur la facilité des déplacements du M.coypus et donc son installation ou non à certains endroits.
D’autre part, le ragondin ne peut occuper un milieu que s’il a la possibilité de creuser un terrier (ou simili). Ainsi, une certaine hauteur de berge est nécessaire et le sol doit être assez meuble pour qu’il puisse s’installer.
Enfin, la végétation, qu’elle soit sur les parcelles avoisinantes, sur les berges ou dans l’eau, est un critère important puisqu’il intervient dans le mode d’alimentation du ragondin et donc dans sa survie même. Suivant les espèces de plantes présentes et leur importance, les disponibilités alimentaires du ragondin seront plus ou moins grandes.

Une étude statistique des différentes variables relevées et obtenues a été réalisée (méthode d’analyse multivariée permettant le traitement de variables qualitatives - caractéristiques de l’analyse développées par Tenenhaus et Young (1985)). Les résultats de l’analyse permettent de mettre en évidence les faits suivants.
- Tout d’abord, les ragondins semblent pouvoir s’installer sur tout type de secteurs le long de la Reyssouze. Cependant certaines caractéristiques du milieu favorisent l’implantation des individus et le creusement de terriers :
................ - Le premier facteur favorisant le creusement de terriers est la stabilité du niveau d’eau. En effet ces derniers sont particulièrement abondants sur les secteurs où la végétation aquatique est absente, où le niveau d’eau est supérieur à 1 m et où l’eau est stagnante. Ces portions correspondent en fait à l’amont des moulins où des vannes automatiques retiennent l’eau et régulent son niveau. Le niveau élevé d’eau (supérieur à 2m) et la faible profondeur de pénétration de la lumière dans l’eau (phytoplancton, et forte charge particulaire) limite l’installation des hydrophytes (potamots, nénuphars). De plus, la rivière augmente les effets de chasse qui déracinent les végétaux lors de l’ouverture des vannes automatiques pendant les crues. Ces vannes sont asservies au niveau d’eau amont afin de le maintenir constant. Elles s’effacent au fur et à mesure que le niveau d’eau monte. Dés lors, le fonctionnement hydraulique de la rivière est complètement modifié. La Reyssouze ne déborde plus que lorsque les crues sont importantes. La rivière peut être considérée comme une succession de plan d’eau en escalier. La quasi stabilité des niveaux d’eau en amont des vannes diminue la probabilité d’inondation des terriers par rapport à l’aval où le niveau d’eau varie plus fréquemment. L’exemple le plus flagrant est le secteur du canal de Pont de Vaux où toute l’année le niveau d’eau est maintenue constant pour la navigation. Les seules inondations et variation de niveau sont dues aux crues de la Saône. Le nombre de terrier est moindre sur les secteurs où est observée une présence d’algues filamenteuse, où la hauteur d’eau est inférieure à 50 cm, où l’eau est courante et où la largeur du lit est faible. Ces zones correspondent en fait à la partie amont du cours d’eau. Sur la haute Reyssouze, fonctionnement « naturel » de la rivière a été moins perturbé par l’installation de vannes.
................ - Le deuxième facteur favorisant l’implantation des terriers est la présence de nourriture et plus particulièrement la présence d’hydrophytes. En effet, les graminées base de la nourriture des ragondins est largement présente le long de la Reyssouze. Par contre les potamots et nénuphars, ne sont pas présents partout. Les terriers sont particulièrement nombreux sur les secteurs où ces végétaux se développent. Il est également à noter que sur le canal de Pont de Vaux, seul secteur de développement des Lemnacées, la densité de terriers est maximale.
................ - Le troisième facteur favorisant l’implantation est l’anthropisation du cours d’eau. Les résultats montrent que la partie amont du cours d’eau est moins propice à l’implantation des ragondins. C’est en effet sur ce secteur où la rivière a subi le moins de curage. Le lit s’est peu enfoncé, les berges sont moins abruptes que sur les secteurs recalibrés et la ripisylve y est plus présente. L’existence de cette ripisylve, sa densité et sa largeur sont des indicateurs assez fiables du degré d’anthropisation du milieu et d’intensification culturale. Les parties où le boisement de berges persistent sont des secteurs qui n’ont pas subi de curage drastique récent. Ce sont également des secteurs où le bocage bressan persiste, signe des pratiques culturales peu intensive. Sur ces zones particulières, la densité de terriers est moindre que sur les zones où la ripisylve a été supprimée. Environ un quart des terriers se situent au droit ou à moins de 100 m de parcelles cultivées (blé et maïs). Le linéaire de berges cultivées étant nettement inférieure au linéaire de berges en prairie, il semblerait que la présence de cultures favorisent l’installation des ragondins. Afin de valider cette hypothèse, il serait nécessaire de pondérer les résultats par les linéaires respectifs de berges cultivées, de berges en prairie, ….

- Impact des ragondins sur le milieu. L’impact précis du ragondin sur l’ensemble des composantes du milieu aquatique n’a pas été étudié (disparition d’espèces végétales, compétition avec d’autres espèces animales, …). Cependant les dégâts actuels (dégâts agricoles, dégâts sur les berges) et les risques qui lui sont attribués sont à relativiser. à l’époque de l’étude, ni la DDAF ni la chambre d’agriculture sur le département de l’Ain n’ont d’estimation chiffré des pertes agricoles. Les observations de terrains montrent effectivement des dégâts sur les cultures mais très limités dans l’espace. En ce qui concerne les risques hydrauliques, La Reyssouze coule dans un milieu rural et aucune digue conséquente ne protège des secteurs urbanisés. Aucune levée de terre existante n’a montré la présence de terriers de ragondins. Le risque de fragilisation de digue n’est pas présent sur le cours d’eau. Il est souvent reproché aux ragondins de saper les berges de la Reyssouze. Les résultats de l’analyse montrent qu’a peu prés autant de terriers se trouvent sur des berges stables que sur des berges dégradées. Lorsque les berges sont dégradées, elles ne le sont pas qu’au niveau des entrées des terriers. Il n’y a pas d’anses d’érosion ou d’éboulement de berges centrées sur une ouverture de terriers. La dégradation des berges est plutôt dues à l’enfoncement du lit suite aux curages et l’absence de maintien de celles ci suite à la disparition de la ripisylve. Les dégradations de berges sont plus une cause d’installation du ragondins qu’une conséquence.

Il semblerait d’après les premiers résultats obtenus par cette étude que l’installation du ragondins soit, sur la Reyssouze, le signe d’un système écologique perturbé. Fonctionnement hydraulique du cours d’eau modifié, enfoncement du lit, suppression de la ripisylve, développement d’une agriculture intensive au dépends de prairie bocagère, ….. Quoi qu’il en soit avant de décréter la population en expansion, il conviendrait de l’étudier sur plusieurs années avec des méthodes scientifiques sérieuses (capture/recapture) et ne pas se borner à mesurer l’augmentation de la pression du piègage comme c’est le cas actuellement. Avant d’entamer des procédures onéreuses de limitation de populations, il conviendrait de mesurer le coût des dégâts occasionnés et d’étudier de façon approfondie la dynamique des populations de ragondins, cette étude n’étant qu’une première petite étape.

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